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Qui suis-je ?

Paris, Paris, France
Artiste photographe humaniste contemporaine et chroniqueuse littéraire depuis 2010. Rejoignez moi sur ma page facebook nommée également "des gens ordinaires uniques". Les petits ruisseaux font de grands fleuves puis des océans !

mardi 11 mars 2025

Couple d'amoureux


Un soir où le froid nous a conduit dans un refuge inhabituel et si arpenté par tant, je dévore avec gourmandise et sans complexe un gigantesque mac bacon. Et tout d’un coup, dans ce lieu inspiré par le plastique et les hamburgers, devant moi, un couple s’étreint.


Le jeune homme à la peau noire comme l’ébène tire doucement à lui sa compagne. Elle se laisse enlacer. Je dégaine mon compact en deux secondes et les fixe en veillant à ce qu’ils restent incognitos.

Ce couple d’amoureux au milieu de cette foule aux frites est gracieux. Moment suspendu. Instant magique. Capté. Pas volé.

Basma, mutine au sourire


Les terrasses de café ont toujours exercé sur moi une attraction assez incroyable. Souvent, je choisis ma table de manière à avoir un angle de vue en perspective si une photographie à faire survient.

Cet après-midi-là, mon chien Fripouille est comme souvent avec moi.  A une table voisine, deux femmes conversent. Une petite fille s’agite autour d’elles et ne tient pas en place. Je suis émerveillée par la grâce et la finesse des traits de cette fillette, elle-même se montrant très curieuse mais discrètement envers mon chien.

C’est alors que je demande à sa mère, l’une des deux femmes, si elle me permet de prendre des photographies de sa fille : “bien sûr”. Je lui demande aussi son adresse mail afin de toutes lui envoyer, ce que je fis ensuite, parole tenue. Je dois dire qu’à compter de ce feu vert, j’ai bu du petit lait.

Fripouille et Basma, la fillette, ont entonné une fort jolie danse pleine de complicité. Les sourires et caresses des yeux de l’une répondant aux jappements et frétillements de l’autre. J’ai choisi cette photographie-là car Basma, avec ses yeux légèrement bridés regardant éblouie ma peluche de poils vivante, danse doucement, tenant les plis de sa robe. Elle est heureuse. Et gracieuse. C’est là l’innocence de l’enfance dans toute sa simplicité.

C'est difficile



J’ai couru en vain les magasins high tech en quête d’un câble, introuvable au final ce jour là, pour mon Iphone. Dépitée, je descends les Champs, le regard flottant. C’est alors que je remarque un petit bout de femme voûtée, marchant à très petits pas.


Je l’observe de plus près et je m’aperçois qu’elle est très âgée et qu’elle s’est vêtue comme peut-être jadis. Elle ne lève pas la tête mais regarde ses pieds et le trottoir. Je suis intriguée et aussi abasourdie de voir un tel personnage, émouvant oui.

Personne ne semble la voir. Et pourtant, elle semble s’être apprêtée afin d’être distinguée dans ce flot de gens qui va et vient.  Mais non, rien ne survient. Je décide de la suivre discrètement en respectant ce que je sens de douloureux et de si peu pudique en apparence chez elle.

Au bout d’un moment, elle parvient à reprendre son souffle et sa course en s’appuyant à un kiosque à journaux d’où est visible une affiche d’un film au titre quasi trop évocateur : je shoote à l’instinct. Le temps qui passe. Qui est irrémédiablement passé pour elle. Le temps qu’il reste, oui, c’est difficile.

Clap clap clap



Alors en pleine flânerie dans mon quartier, j’entends tout d’un coup des cris de joie non loin de là, au bout d’une allée donnant sur une place. J’y vais d’un pas aguerri et je découvre alors une multitude de gens applaudissant à tout rompre une troupe de spectacle itinérante.


Il fait beau. Cette petite foule assez dense est vraiment trop jolie à voir pour ne pas être saisie à la volée. Tous leurs soucis quotidiens semblent laisser  libre  champs à la douceur d’un moment à vivre “comme ça”.

Cette scène me fait étrangement penser aux anciennes arènes où combattaient les gladiateurs de Rome face au peuple surexcité mais ici, pas de perdant. Tout le monde gagne. Partage et proximité. Les artistes sont venus à eux. Ce serait incroyable si la ville de demain devenait cette arène là.

Crinière au vent, en avant !



Cette photographie dit beaucoup. Qu’ajouter ?

Je suis en terrasse par une journée froide mais très ensoleillée. Je regarde le flot de gens passer. Je me sens sereine car la ligne d’horizon qui s’offre à mes yeux juste devant moi est sublime de liberté. Surtout quand ce couple a déboulé.

C’est elle qu’on remarque tout de suite. Elle ne fonce pas. Elle marche d’un pas décidé mais pas autoritaire. Elle semble se donner à la vie et à la rue, ses cheveux lâchés irradiés par le soleil. Le panneau de sens interdit, comme symboliquement placé sur la droite, me fait évidemment sourire. Les ombres du couple au sol ajoutent à cette impression d’élan qui est palpable ici.

Oui, cette femme est en quelque sorte un hymne à la vraie liberté des femmes. Celle d’être pleinement soi chevelure libérée car s’assumant vraiment. En étant bien plantée et portée par l’engouement de sa marche vers. Vers quoi ? Vers elle-même et tout ce qui l’entoure. Symbole magnifique.

Notre Rosa Parks, symbole intégré


J’aime beaucoup cette photographie. Pourquoi  ? Car elle est un hommage à Rosa Parks.

Cette femme photographiée ici, totalement anonyme, a la peau noire comme Rosa; femme qui devint mondialement connue car elle fut l’élément déclencheur du mouvement victorieux de Martin Luther King avec au final l’abolition des lois raciales aux USA.

L’inconnue immortalisée ici s’apprête ce jour là à acheter une revue au kiosque à journaux. Elle est placée juste devant la bouche de métro Pernety. Cette station m’évoque les Etats-Unis. De par son design en angles et parce que en ôtant le “I” de Metropolitain, on se retrouve d’un coup de l’autre côté de l’Altantique.

Cette femme ne s’est pas aperçue qu’à deux mètres d’elle, je la photographiais, prise alors d’un élan civique, fébrile et maîtrisé. Le cadrage est soigné, voulu tel quel et avec cette perspective de champs symbolique. J’ai shooté consciemment.

Sa tenue est rudimentaire, elle est là, simplement, menant une vie que j’espère tranquille. 

Je sais pourtant combien la communauté noire, et d’autres, de par juste une couleur de peau différente, se disent et se sentent encore parfois stigmatisés, voire victimes de racisme ordinaire, dans les transports en commun notamment. 

Et je ne parle vraiment que de couleur de peau et non de signes parfois par trop ostentatoires de pratiques religieuses qui relèvent de la libre vie privée de chacun (e).

Cette oeuvre se veut prise de conscience individuelle à impact collectif. Modestement. Authentiquement. Partout. Et pour tous. 

Gens



Ce jour là, je vadrouille dans mon quartier nonchalamment. Une bonne rasade de pluie a mouillé la ville. Comme toujours, cette eau venue des nuages trop lourds donne une sublime lumière au bitume qui reflète alors encore mieux l’urbain. Je suis excitée.


Je veux capter cette ambiance. Je prends alors ce cliché, accoudée sur une table de bistrot haute, mon pied gauche s’appuyant fermement sur la laisse de mon chien, afin d’avoir toute la latitude pour cadrer. Je ne me lasse pas de regarder cette photographie.

La lumière naturelle comme l’angle de vue choisi met singulièrement en valeur les badauds qui vont et viennent. Notre société n’est certes pas facile à vivre pour beaucoup, du moins encore pour le moment. Mais les gens  s’arrangent pour profiter de leurs instants. Parfois, voire de plus en plus,  ils contournent les règles car devenues par trop toxiques.

Quel message ici ? Je donne la parole au grand photographe humaniste Willy Ronis qui a dit : “Je ne crois pas en la perfectibilité de l’homme, non, mais il y a suffisamment de braves gens pour que l’on n’ait pas à désespérer. Je veux croire que les hommes seront assez sages pour organiser la société afin qu’elle fasse le moins de mal possible. J’écoute la radio, je vote, je me mets encore en colère.”

Il a tout dit.